Regards

De Juliette à Gréco au Théâtre Le Guichet Montparnasse

Par Gilles Trichard

Il y a un après…

Cinq ans qu’elle nous a quittés. Tout près du cimetière Montparnasse où elle repose, une chanteuse a décidé de la faire revivre. J’étais circonspect. Une personnalité comme Juliette Greco en un spectacle d’une heure… ah bon. J’ai voulu me faire une opinion.

Incarner une légende vire souvent au sur jeu et au sur je. L’imprégnation d’une icône gonfle l’égo et le mégalo. Il n’en est rien avec Pascale Neuvic qui évoque Juliette en chantant et en racontant avec naturel et humilité celle dont la vie se confondait avec une époque. L’envie de liberté, le désir de vivre, la folie douce après les heures sombres. Elle nous fait monter à bord de ce voyage dans le temps en noir et blanc.

Elle partage ce qu’elle aime chez Juliette, elle ne se l’approprie pas, elle nous la restitue dans sa vérité romanesque. On sent qu’elle a trop de respect pour la muse pour en faire des tonnes. C’est léger, tendre, subtile. « Il y a elle et il y a moi avec mon style, ma différence ». Ni imitation, ni mimétisme mais une discrète admiration. Elle est comme elle en chantant Je suis comme je suis, mais elle reste Pascale Neuvic, chanteuse formée au lyrique et excellant dans la pop et le rock. Là, le registre est intimiste.

Accompagnée d’un pianiste, elle est de connivence avec le public et nous fait découvrir des perles moins connues du répertoire de Juliette comme Non monsieur, je n’ai pas vingt ans (l’occasion de parler des affres de sa vie) et Rue des Blancs-Manteaux, chanson écrite par Jean-Paul Sartre sur une musique de Joseph Kosma.

Entre ses chansons, des archives sonores inédites nous permettent de retrouver cette voix si singulière, cette insolence sensuelle mais aussi l’ambiance de toute une époque comme celle du cabaret Le Tabou qui se trouvait rue Dauphine. On entend une speakerine de l’ORTF qui met en garde les oreilles chastes.

On comprend mieux Juliette. Grande émotion quand Michel Piccoli parle de son ancien amour.

A l’évidence, Pascale Neuvic vibre aux vibrations de Juliette qu’il s’agisse de l’engagement, du parler vrai, de sa liberté, du rapport aux hommes, et des images de ce « Paname » qui défilent à travers les chansons de la « muse de Saint-Germain-des-Prés ».

Dans ce cadre intimiste le public ne peut s’empêcher de reprendre certaines de ses chansons comme La Javanaise ou Jolie môme.

Même si l’on imagine que le spectacle a encore une longue vie, il reste deux représentations dans ce théâtre.

Le dimanche soir avec Greco ce n’est pas un dimanche soir.

Le charme Gréco opère toujours.

Gilles Trichard

Journaliste Auteur